Une noix, ayant été portée par une corneille sur un haut clocher, tomba à travers une fissure, libérée du bec mortel; elle pria le mur, au nom de la grâce que Dieu lui avait accordée en lui permettant d’être si noble et grand, et de posséder des cloches si belles et d’un son si noble, de la secourir puisqu’elle n’avait pu tomber sous les rameaux verts de son vieux père et dans la terre grasse recouverte par les feuilles qui tombent, qu’il veuille ne pas l’abandonner.
Après s’être trouvée dans le bec de la fière corneille, changeant d’existence, elle désirait finir sa vie dans un petit trou. Ému et compatissant à ces paroles, le mur fut contraint de la garder à l’endroit où elle était tombée. En peu de temps, le noyer commença à pousser et à glisser ses racines entre les fissures des pierres et à allonger des rameaux hors de son trou, et ses branches bientôt s’élevèrent au-dessus de l’édifice et les racines noueuses ayant grossi se mirent à ouvrir le mur et à chasser les pierres antiques de leur emplacement. Alors le mur trop tard et en vain comprend la raison de son malheur et en peu de temps il voit la ruine de sa plus grande partie.
(Codex Atlanticus, 67 ra, Milan, Bibliothèque Ambrosienne)
