Le saule, s’estimait malheureux de ne pouvoir jouir du plaisir de voir ses fins
rameaux arriver à la grandeur désirée ni pointer vers le ciel, à cause de la vigne et autres plantes qui poussaient à proximité, était sans cesse estropié, dérangé et gâté; rassemblant tous ses esprits et donnant un âpre cours à son imagination longtemps pensive, il recherchait avec quelle plante il pouvait s’allier qui n’eût pas besoin de ses liens, et comme il était dans ses cogitations, le cours de ses pensées l’amena à la citrouille. Dans l’allégresse d’avoir trouvé l’alliée désirée, il agita ses rameaux, car la citrouille est plus apte à rattacher les autres qu’à être attachée. Ayant délibéré, il dressa ses rameaux vers le ciel attendant quelque ami oiseau qui lui servit à réaliser son désir.

Bientôt il aperçut une pie : « O gentil oiseau, je te prie, au nom du secours que tu as trouvé ces derniers jours parmi mes branches quand le faucon affamé, cruel et rapace te voulait dévorer, et par le repos que tu as gouté sur moi quand tu as senti le besoin
de fermer tes ailes, et pour les plaisirs que tu as goutés sous mes feuilles avec tes compagnes à la saison des amours, je te prie donc d’aller trouver la citrouille et de lui demander de sa semence, que je la traiterai comme si elle était générée par mon corps; use tous les mots de persuasion et je n’ai pas besoin de te faire la leçon, à toi qui es maître dans l’art de parler. Si tu fais ce service, je recevrai ton nid à la naissance de mes rameaux, avec toute la famille, sans paiement de loyer d’aucune sorte. »

Alors la pie, ayant pactisé avec le saule et arrêté d’autres points et principalement qu’elle ne devrait jamais admettre sur elle aucun serpent et fouine, haussa la queue et baissa la tête, et quittant les branches rendit son poids aux ailes.

Et battant l’air d’ici et de là curieusement e se dirigeant avec le timon de sa queue, elle parvint à la citrouille et avec un beau salut et de bonnes paroles obtint la semence désirée. Revenue vers le saule qui la reçut avec joie, elle remua un peu la terre au pied de l’arbre avec son bec et planta autour de lui la graine. Celle-ci bientôt crût, enveloppa de ses rameaux toutes les branches et avec ses grandes feuilles cacha la beauté du ciel et du soleil. Et ne s’arrêtant pas là, la citrouille par l’augmentation de son poids commença à tirer la cime des tendres rameaux vers la terre, les torturant et les déformant. Alors le saule se secoua et s’agita pour se débarrasser de la citrouille, mais les jours se passèrent en vains efforts, car la ligature était si forte que c’était impossible de la rompre. Voyant passer le vent, le saule lui demanda de souffler très fort. Alors le tronc du vieux saule s’ouvrit en deux jusqu’à ses racines et tomba en deux morceaux; et alors il se rendit compte qu’il n’était pas né pour un meilleur destin.

(Codex Atlanticus, 67 vb, Milan, Bibliothèque Ambrosienne)